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SAINTE JEANNE DES ABATTOIRS
DE BERTOLD BRECHT
MISE EN SCÈNE <A HREF="http://parnas.fr/SPIP.PHP?ARTICLE109" CLASS="SPIP_IN">CATHERINE MARNAS</A>

ÉQUIPE DE CRÉATION

Mise en scène : Catherine Marnas
Décors : Carlos Calvo et Michel Foraison
Costumes : Dominique Fabrègue
Lumières : Michel Theuil
Création son : Madame Miniature
Musique originale et chants : Alain Aubin

“Je vécus parmi les hommes au temps de la révolte. Et je m’insurgeai avec eux.”
“Dialectiser, c’est extraire la dimension politique de toute chose.”
Bertolt Brecht

Aux abattoirs de Chicago, Mauler grand parton de l’industrie de la viande, spécule pour écraser ses adversaires, entraînant des milliers d’ouvriers dans la misère. Scandalisée par cette situation, Jeanne Dark, membre des « chapeaux noirs », groupe caritatif et religieux tente de soulager la souffrance des travailleurs de Chicago...

Souvent considérée comme une pièce un peu lourdement didactique, Sainte Jeanne des abattoirs est pour moi un joyau de “limpide complexité”. Limpide dans la fable, complexe dans la manière de décortiquer les phénomènes économiques, elle raconte de façon extrêmement concrète et simple ”la misère du monde“.

Je suis fascinée par l’image de la boîte noire qui illustre bien notre rapport au réel. Comme ces moteurs de voitures récentes, boîtes hermétiques inviolables que le mécanicien branche sur un ordinateur, autre boite noire, pour détecter et réparer la panne, le monde d’aujourd’hui est devenu une boite noire où les centres de décision sont indiscernables, l’argent virtuel et les vrais détenteurs du pouvoir cachés. Comme on plongerait les mains dans le cambouis d’un moteur de 2CV, Brecht, inspiré par les mécanismes de la grande dépression, décrit de façon très précise les schémas économiques de l’époque (le cambouis étant le sang des abattoirs) qui sont restés les mêmes, même si plus diffus parce que planétaires.

Ce qui m’intéresse donc c’est de revenir à l’origine, à la source, à l’individu, à travers l’exemple de ces fabricants de conserves, et des deux figures emblématiques que sont Jeanne et Mauler, deux postures, deux allégories, deux personnages - au sens très plein du terme - qui s’affrontent dans un combat à mort. Dans Sainte Jeanne des abattoirs, tout le monde lutte pour ne pas mourir, tous les groupes sociaux représentés, et ils sont nombreux, se battent comme dans un combat originel où la survie est en jeu. Au milieu de tous ces combats, ce qui est pour moi le moteur de la pièce est le combat de Mauler et de Jeanne : la force et la faiblesse, la cohérence et la contradiction, l’innocence et la culpabilité, le mysticisme et le matérialisme qu’ils vont montrer au cours de ce duel à mort sont ceux de l’homme.
Mauler, le fabricant de conserves qui ne veut plus voir mourir les animaux, Jeanne qui abandonne l’organisation caritative pour mieux sauver les ouvriers, ne peuvent exister conjointement, alors ils s’affrontent, s’attirent, se repoussent ; l’un d’eux doit mourir, peut-être Mauler qui semble parfois plus faible, que le système économique va peut-être écraser, et puis non, il joue, il écrase ses adversaires, cynique et dirait-on aujourd’hui efficace, il joue à qui perd gagne et il gagne, et c’est Jeanne qui meurt. Ce texte doit être pris à « bras le corps » pour en retrouver la violence, la pertinence. Comme dans une toile de Bacon, le sang et la merde des abattoirs deviennent l’arène glissante et gluante où s’affrontent Jeanne et Mauler.

Les premières réactions à mon désir de mettre en scène Sainte Jeanne des abattoirs ont été de considérer Brecht comme un peu “poussiéreux”. Je pense que, fidèle en cela à la recherche de Brecht et à son théâtre épique, il faut secouer la gangue de “poussière” accumulée par le temps pour revenir à un engagement physique total et retrouver aujourd’hui la fonction de la forme brechtienne. Je pense aussi mais de manière encore floue que dans le côté “poussiéreux” de Brecht on voit les oripeaux qui vont avec la pauvreté, les haillons, la toile de jute qui rend la misère muséale, toute cette imagerie ; là, il s’agira d’une misère actuelle, déjantée, déglinguée, cruelle, âpre, (d’où l’idée par exemple de changer la musique et de trouver quelque chose qui se rapproche de Tom Waits).
Le théâtre contemporain est “essentiellement, naturellement et inconsciemment” brechtien : disparition du quatrième mur, refus de l’identification, interrogation de la notion de personnage, fragmentation de la narration, discontinuité, tableaux, voir l’acteur en permanence derrière le personnage...tous héritages plus ou moins directs de Brecht.

Catherine Marnas



Mathieu Bonfils,
Guillaume Clausse,
Julien Duval,
Odille Lauria,
Franck Manzoni,
Tonin Palazzoto,
Maud Narboni,
Olivier Pauls,
Bénédicte Simon,
Claire Théodoly,
Martine Thinières

Producteur délégué : La Compagnie Parnas,

Co-producteur : Théâtre La passerelle, scène nationale des Alpes du Sud, Gap (05) / Théâtre, Scène nationale de Cavaillon (84) / Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues (13)

Avec le soutien du Fonds d’Insertion des Jeunes auteurs dramatiques (FIJAD)

Éditeur et agent du texte théâtral du texte présenté Arche Editeur


création le mardi 28 février 2006
Théâtre La passerelle Gap (05)

DATE LIEU VILLE

2007-12-14 15:16:00

du 12 décembre 2007
au 14 décembre 2007
Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine Bordeaux (33)

2007-11-14 15:15:00

du 13 novembre 2007
au 14 novembre 2007
Centre Culturel de Saint Raphaël Saint Raphaël (83)

2007-10-20 15:15:00

du 19 octobre 2007
au 20 octobre 2007
C.N.C.D.C de Châteauvallon Ollioules (83)

2007-03-30 15:10:00

le 30 mars 2007
Théâtre Le Sémaphore Port de Bouc (13)

2007-03-25 15:11:00

du 15 mars 2007
au 25 mars 2007
Théâtre La Criée Marseille (13)

2006-10-27 15:09:00

du 2 octobre 2006
au 27 octobre 2006
Centre dramatique national de Montreuil Montreuil (93)

2006-07-29 15:08:00

le 29 juillet 2006
Festival Itinéraire Bis Clermont en Savoie (74)

2006-04-14 14:17:00

du 13 avril 2006
au 14 avril 2006
Théâtres en Dracénie Draguignan (83)

2006-04-07 20:00:00

du 6 avril 2006
au 7 avril 2006
Théâtre La Licorne Cannes (06)

2006-03-17 14:22:00

du 16 mars 2006
au 17 mars 2006
Théâtre de Cavaillon Cavaillon (84)

2006-03-10 14:21:00

du 9 mars 2006
au 10 mars 2006
Théâtre des Salins Martigues (13)

2006-02-28 20:38:00

le 28 février 2006
Théâtre La passerelle Gap (05)

MARSEILLE L'HEBDO

Marnas part en croisade

Dans la grande tradition de Jean Vilar, la compagnie revendique un théâtre « populaire » et « élitaire pour tous », qui crée un lien avec un public qu’il ne toucherait pas forcément. « Ces choeurs étaient essentiels pour moi, explique Catherine Marnas. Je ne cherchais pas des figurants pour faire foule, je voulais vraiment partage le plateau, instaurer une perméabilité entre nous et le public. C’est ma théorie des cercles concentriques : le premier formé par les comédiens permanents de la compagnie, le second par les comédiens recrutés pour la création, le troisième par les chœurs amateurs, et le quatrième par le public ». …
Un théâtre cinglant et sanglant, à l’opposé de la réputation didactique, froide et cérébrale de Brecht, qui serait réglé comme une démonstration mathématique : « Pour moi c’est l’inverse. J’y vois un combat entre deux figures, Maule et Jeanne, plongés dans l’arène. J’aime particulièrement cette pièce parce que la « barbaque », métaphore du monde ouvrier, est au centre. Je me suis inspirée des toiles de Francis Bacon pour le décor, je voulais quelque chose de cru et de violent. »
Est-ce l’expérience de la mise en scène d’opéra ? Dans cette nouvelle création on retrouve la patte Marnas : son goût pour la parabole et la fable, son savoir-faire scénographique -presque chorégraphique- à diriger du monde sur le plateau …


LE MONDE

Mise en scène énergique

Cette mise en scène énergique et lisible tire le meilleur de la pièce, en mettant en lumière sans démagogie ses résonances actuelles : notamment sur la religion, et la manière dont celle-ci quelle qu’elle soit- récupère la misère humaine à son profit, aux dépens du combat politique.…

Fabienne Farge


THÉÂTRE ON LINE

Sainte Jeanne des abattoirs, les entrailles du capital

… la mise en scène de Catherine Marnas , d’une intelligence également fine et inventive dans l’usage de la distanciation, bouscule le texte et lui rend sa force politique corrosive. … Vous avez dit distanciation ? Franck Manzoni, en narrateur omniscient, vient présenter (avec des manières toutes télévisuelles) l’entrée des personnages, commenter l’action, signaler la coupe d’une scène, accélérer le tempo d’une démonstration. Vous avez dit distance de l’acteur au personnage ? Dans les principaux rôles, à la fois singularités irréductibles et produits d’un système, Mauler (Julien Duval) et Jeanne (Claire Théodoly) déjouent toutes les attentes. Lui, machiavélique en diable, amis dans un genre inédit… tient sa capacité de nuisance d’un équilibre étrange de force et de ruse. Elle, dans un registre qui va de la naïveté grossière à la conviction dévastatrice, court au contraire après le sens du vent sans jamais le saisir, abandonnat la posture christique pour sombrer dans le tragique. Les deux comédiens apportent à leurs personnages un charme juvénile, une légèreté décalée, en un mot une séduction qui leur assure une stature à la fois démesurée et dérisoire. Mais la distanciation prend surtout sens dans un travail collectif d’ampleur qui voit, sur scène, les différents éléments (comédiens professionnels et chœurs d’amateurs, scénographie et mise en scène, chant et diction) entrer dans une réelle synergie. La scénographie dispose les personnages dans un rapport de hiérarchie spatiale : en haut , sur leur passerelle métallique ressemblants à une scène de concert, les entrepreneurs, accrochés à leurs micros, se disputent sur les contrats, achètent, vendent et spéculent dans une atmosphère surchauffée ; en bas, engoncés dans leurs blouse, les ouvriers apparaissent par transparence, rampent ou errent désoeuvrés, se battent ou gèlent sous la neige… Dans l’entre deux, apparaît et disparaît la nuée des Chapeaux Noirs qui tente maladroitement de s’attirer les grâces des deux partis, entre chansons caricaturales et sermons pieux et intéressés. De tableau en tableau, ce jeu de forces évolue … mais sans jamais bouleverser l’équilibre foncier qui voir les plus riches s’appuyer sur le besoin du très grand nombre des pauvres pour se maintenir en haut. Tout renversement relèverait dans ce contexte de l’utopie. Le spectacle lacère furieusement cette utopie, jusque dans la démesure néo-stalinienne ironique du tableau final, pour renvoyer le spectateur à ses responsabilités réelles. Que faire ici et maintenant ?

David Larre


LIBÉRATION

Crève générale

La metteure en scène Catherine Marnas prend la fable de Brecht au corps … son spectacle rassemble, autour de dix comédiens professionnels, un chœur d’une vingtaine d’amateurs. Energique et généreux, il veille à ne laisser personne en rade. Direct et non schématique, nourri de conviction et de sueur, il rend hommage au foisonnement épique, mais aussi çà la lucidité d’un auteur capable de monter comme personne le couple infernal et moderne que forment capitalisme sauvage et intégrisme religieux.

René Solis


LA TERRASSE

Catherine Marnas pérégrine avec une aisance et une intelligence insolentes dans les terres brechtiennes. Un spectacle de colère et d’enthousiasme remarquablement abouti.

Théâtre du décentrement et concentré de talents

Les modernes thuriféraires du libéralisme omnipotent pourraient sans doute trouver Brecht caricatural et la lutte des classes un combat d’arrière-garde pour nostalgiques dépassés par l’évidence de la cruelle nécessité du marché. Pourtant, la façon dont Marnas, rétive aux solutions faciles, dépoussière et actualise le propos résonne comme la clameur ressuscitée et grondant de la résistance à l’exploitation. Justement en se gardant de toute caricature. Non seulement dans le traitement des personnages puisque Mauler, diable angélique, a les traits lucifériens de Julien Duval et que Jeanne est campée par Claire Théodoly, à la beauté d’une Iphigénie au bûcher, mais aussi dans les partis pris de mise en scène qui jouent en certains tableaux des lieux communs esthétiques du réalisme socialiste et en d’autres des habitudes représentatives de la modernité médiatique. Une évidente volonté de distanciation intelligente, comprise et modernisée fait de mise en scène une brillante critique des apories des deux systèmes politiques ainsi incarnés, avec un soucis dialectique d’une rare efficacité scénique. Les comédiens, tous excellents, sont entourés par les chœurs d’amateurs qui ont travaillé pour l’occasion avec Catherine Marnas et sa troupe, et l’ensemble est orchestré par Franc Manzoni éblouissant de justesse et de talent en narrateur de l’intrigue.Menés de mains de maître, les différents acteurs de cette fresque bouillonnante réussissent à parfaitement en équilibrer les effets. De la musique et des lumières aux costumes, du son à la scénographie et aux images, tout concourt à réaliser un spectacle éminemment réussi.

Catherine Robert